Parc national de Port-Cros et Porquerolles
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Regards croisés des vidéastes

Thème de la deuxième résidence d’artistes initiée par le Parc national de Port-Cros sur son territoire : « Rendre visible l’invisible » sera exploré par deux vidéastes : Hélène Baillot et Raphaël Botiveau qui ont été accueillis lors de plusieurs séjours pendant l’hiver, le printemps et l’été 2021 sur les îles de Porquerolles et Port-Cros. Cette résidence du Parc national est organisée en partenariat avec le Fonds régional d’art contemporain (Frac), l’association Voyons voir et la commune de la Garde.

« C’est une résidence de recherche et création, souligne Raphaël Botiveau. Nous avons une double casquette - tous deux sont titulaires d’un doctorat en sciences politiques. On s’est imprégnés de l’approche des sciences sociales pour essayer de comprendre comment marchent les choses… Comment se structure l’espace social, et après on est libres en tant qu’artistes de s’exprimer sans contraintes formelles. »

L’atteinte partout présente… 

« Cette résidence nous a d’autant plus intéressés que cela coïncidait avec notre installation à proximité d’un autre Parc national, celui des Cévennes, et un moment où l’on réfléchissait à des questions liées à la préservation de la nature, à l’écologie, au réchauffement climatique. Et, dès l’arrivée, on a été frappés par la difficulté d’éprouver la beauté des lieux, car l’atteinte est partout présente, y compris à Port-Cros, où les agents ramassent des micro-plastiques partout. Cela pose beaucoup de questions sur le rapport de l’homme à la nature, sur : qu’est-ce qu’un parc par rapport au reste de l’espace ? Notre démarche a été de partir de l’observation pour aller vers la réflexion. »

Le fil conducteur du film ? « Il nous est arrivé par des chemins détournés : on lisait beaucoup de choses sur le confinement, ses significations plurielles, et puis sur les nouvelles approches de la « nature ». On a commencé à se représenter la nature préservée du Parc national comme une « nature confinée », un lieu où elle peut se développer librement certes mais dans des limites bien précises. C’est davantage une démarche intellectuelle et des lectures qui nous ont amenés à trouver ce fil. L’histoire du Tonkin et des enfants de la colonie agricole du Langoustier nous ont intéressés pour cela… Cette idée d’hommes mis à l’écart pour différentes raisons. Dans une bulle autre que le monde sur la côte.

« Ensuite, sur le terrain, on a été frappés par la dualité entre la côte nord et la côte sud, et cela nous a donné davantage envie de filmer le côté verdure, intérieur et sauvage des îles que le côté azur. Le chemin de pensée que l’on a suivi c’est : qu’est-ce qu’il y a sur les îles qui leur confère un statut à part, à l’écart du monde ? L’éloignement, le caractère du lieu… ? Telle est notre démarche quand on travaille sur un espace : rechercher ce qui s’y est passé à différentes époques, mais sans forcément tisser de liens de causalité entre les époques et ce qui s’y déploie. Mais voir plutôt ce que cela produit chez nous, et (l’imaginer) chez le spectateur, quand on se confronte à ces différentes strates ».

Impressions croisées 
Raphaël Botiveau

► Raphaël : « Ce qui m’a marqué, c’est que l’on n’avait pas prévu d’inclure des personnages dans le film, mais on a été particulièrement touchés par les agents qui travaillent sur le terrain, qu’ils soient du Parc ou du Conservatoire botanique de Porquerolles. Touchés par leur sensibilité et le côté un peu décalé entre les raisons pour lesquelles ils font ce travail de préservation, l’attention qu’ils y mettent, et la fragilité de leur mission. Ils sont très impliqués et en même temps il y a une dimension “à l’écart“ : ils ont choisi ce travail qui les amène à vivre un peu marge de la civilisation, de la société de consommation, avec un rapport sensible à la nature, au vivant… 

Mais paradoxalement, ils sont confrontés tous les jours à la pression de tout cela par le biais du tourisme. C’est quelque chose avec lequel ils interagissent au quotidien : éduquer les touristes pour qu’ils soient plus respectueux, sanctionner aussi, même si ça ne fait pas du tout partie de leur culture, de leur éthique. Une position qui les fragilise, car il y a une tension entre la perception du lieu par les agents qui est douce et celle des touristes qui viennent profiter du lieu de façon balnéaire, qui ne sont pas concernés et n’ont pas peur d’eux car ce ne sont pas des vrais policiers ».  

► Hélène : « Il y a dans leur mission quelque chose à la fois de grandiose, de tragique et d’un peu dérisoire… ce qui ne la rend pas du tout inutile, bien au contraire ! On l’a trouvée d’autant plus magnifique et d’autant plus utile… Et pas seulement par rapport au tourisme. On a assisté à un atelier sur le réchauffement climatique, consacré à ce que seront les îles à l’horizon 2050. On a ressenti que c’était extrêmement fragile comme environnement, qu’il allait être très dur de préserver Porquerolles comme Port-Cros telles quelles avec les problèmes de montée des eaux, l’arrivée des espèces invasives, les campagnes d’arrachage, tout cela donne l’impression de lutter fièrement contre quelque chose qui est peut-être déjà un peu perdu finalement… »

Hélène Baillot

► Liens utiles

Pour en savoir plus sur les précédents films du duo de vidéastes :