Parc national de Port-Cros et Porquerolles
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Paroles d'acteurs

​La première étape du projet a consisté à donner la parole aux habitants de Porquerolles et à ceux qui y travaillent en les amenant à s’interroger sur l’avenir de l’île et ses espaces naturels : que souhaitent-ils ? Que redoutent-ils ? Et comment s’approprient-ils ces perspectives de changement ?
Plus de soixante entretiens individuels ont donc été menés de septembre 2018 à juin 2019 et le premier constat est que les acteurs, qu'ils soient habitants, travailleurs, ou résidents secondaires craignent pour l’avenir de l’île.

 

La première inquiétude est celle du tourisme en masse et de ses conséquences sur la vie insulaire et les espaces naturels.

Tous souhaitent un équilibre entre un village vivant à l’année, avec des services publics, une animation culturelle, un savoir-vivre, des familles qui vivent sur place et une île saisonnière et touristique, attractive pour ses paysages et ses plages, festive pour le touriste, avec des retombées économiques importantes et source d’emplois. Ils déplorent les conséquences d'une hyper-fréquentation saisonnière et souhaiteraient un réorientation du secteur économique vers un tourisme durable, plus humain et axé sur une meilleure qualité d'accueil.

La seconde inquiétude concerne la disponibilité de la ressource en eau. Les changements climatiques et nos modes de vie font craindre des pénuries récurrentes. Les baisses de précipitations ont des impacts sur les sols. L’évolution des paysages est palpable (stress hydrique et mortalité des espèces végétales, perturbation de la vie animale, etc.).

Pression de la fréquentation estivale et changement climatique font aussi craindre des risques incendies plus importants. Nombreux sont ceux qui se préparent à un incendie dans les dix prochaines années. Au-delà du désastre humain et des conséquences écologiques qu’un feu important occasionnerait, les interviewés s’attendent ensuite à une rupture forte pour l’avenir de l’île. Un vaste incendie pourrait bouleverser toute son économie. Faut-il attendre une telle catastrophe pour se remettre en question ? Voilà l'interrogation qui revient souvent.

Le changement climatique marque aussi un tournant pour la mer et notre accès au littoral. L’eau se réchauffe et les espèces marines changent : les paysages sous-marins évoluent avec la crainte de perdre des habitats cruciaux. Les plages, déjà étroites, pourraient s’éroder progressivement par endroit. La presqu’île du Langoustier deviendra probablement une île dans un futur proche. La montée des eaux devrait atteindre près d’1m en 2050 (déjà 12 cm d’augmentation ces 30 dernières années). Certains ne sont pas inquiets car ils sont toujours vu les plages évoluer, d’autres craignent que le littoral ne soit plus attractif (érosion littorale, méduses, requins, bloom toxique, pollution, etc.) et que le modèle touristique, comme notre relation à la mer, doivent changer...Le changement climatique fait aussi craindre des épisodes météorologiques violents : inondations, tornades, etc.

Concernant la forêt, les acteurs sont inquiets de son devenir et s’interrogent sur les modes de gestion mis en place par le Parc national. Ils sont pour certains nostalgiques d’une époque où la forêt était « plus jardinée, plus accessible, plus entretenue ». Sa fonction sociale était plus évidente. D’autres craignent que le choix de laisser la forêt en libre évolution n’augmente la fermeture des bois et leur dangerosité vis-à-vis des incendies.

Dans les plaines, les parcelles agricoles, maraîchères ou les jardins, des perspectives de changement sont soulevées. La ressource en eau et la qualité des sols contraignent fortement les cultures aujourd’hui et plus encore celles de demain. Cela pose la question de l’avenir agricole de l'île (arboriculture, viticulture, maraîchage). Elle bénéficie néanmoins d’atouts de taille : une clientèle aisée sur place, la recherche de produits du terroir, l’image de « Porquerolles » qui est une marque commerciale en soi, la présence du Parc national et du Conservatoire botanique. Ceci laisse imaginer des perspectives heureuses pour son agriculture : plus écologique, davantage en circuits courts, avec plus de valeur ajoutée et d’innovation, comme des craintes : une agriculture exportatrice, non diversifiée, non viable, etc.

Enfin, les entretiens ont montré que même si le dialogue avec les autorités est maintenant bien développé, les habitants restent inquiets, impatients voire découragés. Il est donc apparu plus que jamais nécéssaire de poursuivre une démarche d’accompagnement des changements insulaires en permettant aux habitants de se réapproprier les perspectives d'évolution de leur environnement par des ateliers de rédaction de scénarios prospectifs.

L'intégralité du rapport est consultable ici